Les risques pour la France d’une sortie de la Grèce de la zone euro (Grexit)

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Drapeaux de la Grèce et de l'Union Européenne

Le maintien de la Grèce dans l’Union Européenne et surtout dans la zone euro : une fuite en avant, après les accords conclus dernièrement ? Un rapport de la commission des finances du sénat sur les risques financiers pour la France, d’une « sortie de route » de la Grèce explique peut-être cela…

La commission des finances du Sénat a en effet examiné récemment le rapport d’information de son rapporteur général, Albéric de MONTGOLFIER, sur les risques financiers qui incomberaient à  la France en cas de défaut grec, et de sortie de cet Etat de la zone Euro. Ledit rapport a au préalable rappelé quels sont les coûts supportés par la France au titre de l’assistance financière apportée à la Grèce, et qui représentait 42,4 milliards d’euros de dette publique française en 2014, soit 1,5 % du PIB.

Drapeaux de la Grèce et de l'Union Européenne

Aides financières consenties à la Grèce

Différents programmes d’assistance financière ont dû en effet être consentis à la Grèce,  au gré de la crise de la dette publique grecque apparue en mai 2010. En fait, deux programmes ont été ainsi mis en œuvre.

Le premier programme a servi à parer à l’urgence : en octobre 2009, le Premier ministre grec Georges Papandréou a révélé la sous-estimation de la situation des finances publiques de la Grèce, imputable aux manipulations budgétaires de ses prédécesseurs, fondant ainsi la crise de la dette publique grecque et, de façon générale, de la crise des dettes des Etats dans la zone euro.

Constatant son incapacité à combler sa dette, la Grèce s’est résolue le 23 avril 2010, à demander une aide financière au Fonds Monétaire International et à l’Union Européenne. Un plan d’aide de 110 milliards d’euros a en conséquence été décidé le 2 mai 2010, qui comprenait 80 milliards d’euros de prêts bilatéraux des États membres de la zone euro, en proportion de leur part respective dans le capital de la Banque Centrale Européenne (hormis la Grèce), ainsi qu’un prêt de 30 milliards d’euros du Fonds Monétaire International.

Les prêts bilatéraux effectivement versés se sont en réalité élevés à 52,9 milliards d’euros, car les versements d’aides ont cessé à compter de mars 2012, du fait du déploiement du deuxième programme d’assistance. Le solde de ces prêts bilatéraux, (80 – 52,9 = 27,1 milliards d’euros) a été repris par le Fonds Européen de Stabilité Financière.

Les prêts bilatéraux étaient alignés sur l’accord signé entre la Grèce et le Fond Monétaire International, et le versement des prêts était conditionné à la réalisation d’un programme d’ajustement faisant l’objet d’une revue trimestrielle menée conjointement avec le FMI. Les tirages avaient été autorisés durant 3 années et les remboursements devaient intervenir à l’issue d’une période de grâce de 3 ans, suivant une trimestrialité constante pendant 5 ans.

Mais en juin 2010, les États membres de la zone euro ont allégé les conditions des prêts à la Grèce, la France s’étant ainsi  engagée à apporter 21 % des prêts bilatéraux accordés, c’est-à-dire 16,8 milliards d’euros.

Elle n’en a versé cependant que 11,4 milliards d’euros, en raison de la mise en place du deuxième programme d’assistance à la Grèce.

Quels sont les risques d’un Grexit pour la France ?

Le rapporteur général du Sénat, Albéric de MONTGOLFIER,  a mis en évidence les risques pour la France d’un tel scénario :

  • Une annulation totale du prêt bilatéral accordé par la France aurait conduit, en comptabilité nationale, à un accroissement du déficit public à hauteur de 11,4 milliards d’euros, soit près de 0,5 point de PIB, l’année de sa constatation et s’y seraient ajoutées les pertes de recettes inhérentes au non-remboursement du capital et des intérêts (devant débuter en 2020) ;
  • Concernant les garanties apportées par la France au Fonds Européen de Stabilité Financière, une annulation des prêts accordés à la Grèce aurait aussi contribué à une hausse du déficit public de la France, en proportion des garanties apportées au Fonds, pour un montant maximum de 29 milliards d’euros en 2015 ;
  • La France porte une partie des risques supportés par l’Eurosystème, pour environ 118,4 milliards d’euros en raison des avoirs détenus au titre du programme SMP et de la dette dite « TARGET2 » de la Banque de Grèce, et à hauteur de près de 24 milliards d’euros.

Au total, le risque pour la France avait donc été évalué à 65 milliards d’euros environ (11,4 + 29 + 24 milliards d’euros).

Une fuite en avant…

L’Union Européenne, la BCE et le FMI, qui se sont une nouvelle fois portés au secours de la Grèce afin de maintenir sa tête « hors d’eau », en injectant encore 80 milliards d’euros, au grand dam de la Chancelière allemande, tant les chiffres donnent le tournis et nous font chanceler, ressemble fort à une fuite en avant de tous les Etats, dont la France, à raison de ce troisième programme d’assistance, certes assorti de certaines garanties difficilement concédées par l’Etat Grec à l’Allemagne, mais encore bien incertain quant à sa réelle efficacité à aider réellement et durablement au redressement économique et financier hellénique.

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