Les promesses fiscales pré-électorales des candidats : entre démagogie et utopie, difficile de choisir…

On connaît tous le « demain on rase gratis » qui précède toute échéance électorale importante. Celle prochaine d’avril/mai n’échappe pas à la règle.

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Campagne électorale

Sans prendre parti pour qui que ce soit, force est de convenir que l’impression générale produite par les candidats fait qu’ils semblent non seulement avancer en ordre dispersé, entourés de « flous », et de beaucoup de confusion comme à gauche, et que parmi les « pressentis » pour les premier et second tour et leurs outsiders, il ressort nettement de tout cela une forme d’amateurisme, d’improvisation de mauvais genre (certains candidats et non des moindres paraissent même composer leur « programme » au fur et à mesure de leurs meetings, à l’instinct et selon là où les pousse les vents, selon leurs alliances également, ou en s’inspirant de fractions de programmes de leurs concurrents).

C’est le sentiment dans tous les domaines qui concernent la société ; ça l’est évidemment en matière de fiscalité, sujet éminemment important puisque touchant au portefeuille de tous les contribuables, à celui des sociétés et de leurs actionnaires aussi, aux budgets des collectivités territoriales également.

Démagogie et utopie…

Entre le candidat des Républicains qui (fuite en avant oblige, afin de mettre toute rumeur « sous l’éteignoir » ?…) multiplie les promesses (hausse des pensions, petites et moyennes ; redistribution de meilleurs soins médicaux, mieux remboursés, sécurité sociale mieux gérée et interdiction des déficits), celles d’un B. Hamon à gauche qui promet un revenu universel pour tous, d’abord de 600 € puis à terme de 850 € nets mensuels (alors que dans le même temps, le Parlement Européen vient de condamner sévèrement toute idée de mise en œuvre d’un « revenu universel »…), avec également la candidate frontiste qui veut sortir le pays de l’euro, créer une monnaie unique, repousser l’immigration, et, autre exemple, le candidat « sans parti », E. Macron, qui propose tout bonnement d’abroger la taxe d’habitation pour 80% des Français, avec tout cela on ne sait que, ni qui, choisir dans le vaste domaine des énormités et idées farfelues.

Chiffrages approximatifs invérifiables

Tous, avancent un chiffrage global souvent approximatif et totalement invérifiable ou contestable des « mesures » qu’ils prendraient, mais qui budgétairement se traduiraient nécessairement, tôt ou tard (mais ça, ils omettent de le préciser), par de nouveaux impôts ou taxes, car c’est bien connu, la France est incapable de se réformer en réduisant de façon drastique sa dépense publique, et c’est bien ce qu’a constaté la Cour des Comptes, en remontant des décennies en arrière. En effet, faute d’avoir déjà atteint la limite supérieure supportable des « prélèvements obligatoires », notre pays étant à cet égard « champion toutes catégories », il faudra bien un jour ou l’autre « tailler comme un couperet » dans les dépenses publiques ! Les promesses de réductions significatives des dépenses de fonctionnement et du train de vie de l’Etat ne datent pourtant pas d’hier, et plusieurs gouvernements s’y sont tour à tour essayés, sans jamais y parvenir. Au mieux a-t-on certaines fois réussi à infléchir légèrement la courbe de la dette publique, le plus souvent s’est-on « satisfait » de la stabiliser plus ou moins, mais jamais on est parvenu à faire qu’elle décroisse et durablement, et qu’elle retombe dans un « cercle » vertueux. La dépense publique continue d’augmenter, bon an mal an de 2 à 3 % : angoissant quand les Magistrats de la rue Cambon s’apprêtent à tirer de nouveau le signal d’alarme en faveur d’une réduction d r a s t i q u e, très sévère et sans concession des dépenses budgétaires 2017 dans quasiment tous les ministères.

L’exemple de M. Macron

Photo d'Emmanuel Macron
Source : gouvernement.fr

Chiffrages approximatifs, mais aussi conséquences non évaluées exhaustivement, avec des risques avérés de « dégâts collatéraux », sous le couvert de faire une « bonne action » en supprimant telle ou telle taxe, en modifiant l’assiette de tel ou tel impôt ! Prenons comme exemple l’idée du leader du mouvement « En marche » : celle de supprimer la taxe d’habitation de 80% des Français. Le chiffrage, il l’a fait : il en coûterait selon lui 10 milliards d’euros sur le prochain quinquennat (de source BFM TV et RMC Info) ! Le candidat a en effet déclaré : « l’impôt qui est le plus injuste, ce n’est pas l’impôt sur le revenu », (…) annonçant « une politique d’exonération sur les impôts locaux » (…) « l’Etat exonérera, comme on le fait aujourd’hui pour les ménages très pauvres, les Françaises et Français de classe populaire et de classe moyenne sur leur taxe d’habitation » (…). « On peut le faire sur le quinquennat de manière raisonnable, par tranches. (…) C’est la mesure la plus essentielle et la plus juste pour le pouvoir d’achat ».

Si la taxe d’habitation est assise, calculée et recouvrée par les services déconcentrés de la DGFIP, Direction générale des Finances publiques, sous l’égide de Bercy, elle n’en sert pas moins de ressource principale importante, avec les taxes foncières et quelques autres taxes, aux budgets des Collectivités territoriales, auxquelles les produits collectés des parts (régionale, départementale, communale) sont reversées. Ce seraient donc surtout les Collectivités territoriales les perdantes et non l’Etat ; elles devraient compenser par de nouvelles taxes locales, et au final, ce serait bien encore le contribuable le grand perdant !

En effet, si le candidat Macron supprime 80 % des taxes d’habitation sans les remplacer, ce sera dans les caisses des Collectivités territoriales qu’il y aura un trou ; si selon lui, il ne devrait pas y avoir de trou, alors c’est que les 20% de contribuables restant devoir une taxe d’habitation auront sans doute beaucoup de soucis à se faire, assistant sans doute à une « envolée » pour ne pas dire une « flambée » de leur taxe d’habitation, pour compenser et équilibrer cette mesure. Or M. Macron chiffre à 10 milliards d’euros celle-ci sur cinq ans : pense-t-il, en ancien locataire de Bercy, que ce manque à gagner sera à 100% à la charge de l’Etat ? Quand bien même le serait- il, M. Macron a-t-il expliqué  comment il financerait ce « manque à gagner » de 10 milliards d’euros ? Non ! (une « taxe sur les robots » a été aussi avancée par plusieurs candidats, comme si nous en étions déjà à cette étape technologique d’une société entièrement robotisée et organisée autour de l’intelligence artificielle ! Nous sommes encore loin du temps où des machines hypersophistiquées et bourrées d’électronique  seraient capables de penser, ressentir et agir  à notre place, de travailler pour nous !  Exemple typique pour lequel, on le voit, il ne suffit pas de « chiffrer », mais il faut aussi avant tout réfléchir…

Dans son programme, M. Macron est en outre en contradiction totale avec lui-même et avec toute logique économique, en annonçant à la fois  des mesures fiscales ambitieuses en faveur principalement des entreprises, pour relancer rapidement la croissance, et par tradition socialiste, en saupoudrant le même  programme de mesures fiscales en faveur des ménages, c’est-à-dire sur un fondement idéologiquement absurde de son programme fiscal, d’égalité entre deux catégories de contribuables dont les intérêts économiques sont inséparables.

La « chasse est donc ouverte », à qui fera les propositions notamment fiscales (souvent par avance intenables) les plus « alléchantes » pour drainer le plus grand nombre de parrainages d’abord, afin d’être dans la « course », et pour rallier le plus de suffrages dans les urnes en avril/mai prochains.

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